L'Accord multilatéral sur l'investissement
Projet avorté de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE ), l'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI) se négociait en catimini depuis 1995 au moment de sa divulgation publique par des groupes du Canada et des États-Unis, en janvier 1998. Au Canada, des groupes comme le Council of Canadians et Alternatives lancent des campagnes d'information et de protestation.

À peine une dizaine de mois plus tard, l'AMI était battu en brèche par un formidable mouvement international d'opposition citoyenne (dont faisait partie l'Opération SalAMI), qui a conduit la France à se retirer officiellement des négociations en octobre 1998. Avec l'Allemagne, l'Angleterre et le Canada qui se retirent également des négociations un peu plus tard, le projet de l'AMI à l'OCDE est définitivement abandonné en décembre 1998.
L'AMI, un choc brutal

Pour beaucoup d'entre nous, la lutte contre l'AMI commence donc par un choc (voir entre autres l'article de Lori Wallach paru dans le Monde diplomatique). La simple prise de connaissance des grandes lignes de l'Accord multilatéral sur l'investissement avait de quoi inquiéter. Qu'on en juge.

En cinq points :

óL'AMI aurait interdit l'application de tout critère d'investissement se fondant sur les antécédents ou les pratiques courantes d'une entreprise ou d'un pays au plan du respect ou non des droits humains, des droits syndicaux ou de l'environnement.
óL'AMI serait venu empêcher les pouvoirs publics de promouvoir le développement économique régional.

Comment cela? En accordant aux grandes entreprises étrangères un droit absolu de pénétrer les marchés et d'obtenir un traitement préférentiel. L'AMI aurait eu pour effet de combiner ce qu'on appelle le traitement national (même traitement pour toute entreprise étrangère que le traitement le plus favorable normalement réservé à une entreprise locale) et le traitement de la nation la plus favorisée (celui que l'on réserve à nos partenaires privilégiés) et d'accorder d'office ce traitement à tout investisseur étranger.
óL'AMI aurait banni purement et simplement certaines «conditions» d'investissement (le terme technique est «prescriptions de résultats»), comme l'obligation de réinvestir une certaine somme dans le pays d'exploitation ou de respecter certains quotas d'emploi local, des pourcentages de contenu national ou l'utilisation de produits recyclés dans la production.

óL'AMI aurait empêcher toute réglementation des capitaux spéculatifs, ceux-là même dont la volatilité constitue un véritable sénat virtuel sur les politiques sociales des gouvernements et qui, entre autres méfaits, sont à l'origine de la crise asiatique.
óL'AMI enfin prévoyait un tribunal international pour «crimes contre les investisseurs», c'est-à-dire la possibilité pour les compagnies étrangères de poursuivre un gouvernement national et d'obtenir compensation financière si certaines politiques venaient compromettre leurs perspectives de profits.

Par ailleurs, l'AMI devait inclure un mécanisme de «loquet» qui aurait rendu irréversibles pour une génération complète les mesures de libération prévues à l'Accord. Finalement, le projet prévoyait l'élimination graduelle de toutes les exceptions et des réserves que certaines nations auraient pu finalement réussir à inclure au traité.
Le vrai visage de la mondialisation

Avec l'AMI, beaucoup de gens se sont réveillés. Plusieurs ont comparé l'AMI au comte Dracula. Il n'a pu supporter la lumière du jour. Nous avons vu combien l'élite mondiale est assoiffée du sang et des ressources des peuples du monde. Le masque est tombé. Avec l'AMI nous avons vu le vrai visage de la mondialisation.

Que l'on songe au projet d'établir une Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) ou à celui d'un Accord de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), il semble que l'élite mondiale multiplie aujourd'hui les forums internationaux où elle tente d'imposer des clones de l'AMI. La plus menaçante tentative de réincarner l'AMI se trouve sans doute dans les projets pilotés à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La victoire des mobilisations citoyennes contre l'AMI a sonné le début d'une nouvelle mobilisation mondialisée. Il nous faut maintenant abolir la guerre économique mondiale comme telle. De nombreuses batailles nous attendent encore. Heureusement, nous connaissons maintenant certains ingrédients autorisant l'espoir de gagner...
 

óPhilippe Duhamel